+ Music Music Music Again!+
. Mes potes d'errance (hé).
Samedi 7 Juin
+ Paris. Ah Paris, Paris, Paris... J'ai tes rues dans le sang, ça me donne le vertige de retrouver en toi mon indifférent berceau, j'te chéris toujours autant, pavé dégueulasse, visages camouflés, métro puant, rue Rivoli, crèperie où je prends une salade parce que je pense grosses fesses, cigarette qui fait furieusement envie au bec de cet inconnu là-bas. Je finis tranquillement le Steinbeck que m'a offert Rom pour mon anniversaire, Rue de la Sardine, des larmes de reconnaissance transparentes pour des mots qui me parlent, me murmurent d'égal à égal. J'en transcris un passage sur mon autre blog, pour les aventureux bouquinistes, de la beauté semée au vent :).
+ Paris, quand je te quitte je me sens mieux, quand je te quitte je me camoufle. Je reviens bientôt, pour longtemps.
+ Dans le train. Déracinée, le monde entier dans la peau, je chante le blues d'un pays que je n'ai connu que deux semaines, home go go go home see my brother the sky is my brother see my mother oh the freedom is my mother... un allemand assoupi sourit dans son sommeil puis ouvre les yeux: "ne t'arrête pas de chanter". Alors je continue.
"Ain't got no home, ain't got no shoes
Ain't got no money, Ain't got no clothes
Ain't got no perfume, Ain't got no skirts
Ain't got no sweaters, Ain't got no smokes
Ain't got no god
Got my hair on my head
Got my brains, Got my ears
Got my eyes, Got my nose
Got my mouth, I got my smile..."
Dijon. Home.
22h31
+ Sortir. J'ai les cheveux crades, j'attrape ma tenue de camouflage, enfin plutôt les vieux trucs à l'abandon d'un côté du placard: mes vieilles converses montantes toutes déchirées au talon, jean Lee Cooper même pas à moi, chemise blanche trois fois trop grande déchirée, cravate noire. Bon et puis une casquette pour camoufler mon honteux ramassis capillaire. Manteau. Je croise un regard.. 3, 2, 1... "Excuse moi...". Je souris. "Il faut que j'appelle quelqu'un.." "Et moi, il me faut une cigarette. Ca marche.". Pendant que j'expire la fumée, je contemple le garçon: différence entre nous, il est perdu, moi non. Un bout de chemin ensemble, je ne me souviens déjà plus de son prénom, mais je garde la fumée quelque temps pour moi. La pluie sur mes avant bras quand j'enlève mon manteau. Me reviennent des phrases de L'ignorant et le fou vu au théâtre il y a peu. "La créature n'est pas humaine, et ne sait pas qu'elle est seule, elle ne le sait pas car elle a toujours été seule. C'est là sa nature. S'en rendre compte? Surgissent alors la folie et l'expression, la tentative de communication avec un monde qui n'est pas le sien à travers sa propre création. Elle se façonne". Oui. J'ai dialogué avec les comédiens ce soir là. Et si le mot que j'ai collé sur sa porte s'envolait avec le vent? J'ai du le coller avec un bout de malabar goût Tropique, je ne sais pas si c'est une méthode persuasive pour les mots griffonés à la va-vite placardés sur les portes... Je suis ma propre matière. Un bloc, comme ça, que je taille quand je veux changer de rôle. Je ne veux pas rentrer, merde mes pieds me portent, bon alors Supergrass et mes paquets qui m'attendent prostrés sur le canapé, une nouvelle robe Kookai que j'enfilerai probablement demain, comme on change de peau, avec de jolis talons, une voix féminine et un regard perdu au loin. Et hop. Un jour je rencontrerai une autre créature comme moi qui marchera au détour des rues, pas par solitude mais par envie. Délice de mélange d'ondes... J'inviterai bien quelqu'un dans mon univers, seulement n'ayant pas de maison, la rue étant la seule que j'ai et aime pour l'instant, c'est un peu épineux d'en faire ressentir la poésie quand la personne en face ne sait plus qu'elle a une tête et un corps. Bah tant pis. Rire seule dans la nuit, trempée et heureuse.
